
Les Echos, no. 18847
Enquête, lundi 17 février 2003, p. 55
KKR : le mythe américain à la conquête de l'Hexagone
ISABELLE CHAPERON
Ned Gilhuly.
En France, Edward Gilhuly, quarante-trois ans, le financier en charge de l'activité de KKR en Europe (16 professionnels), est surnommé « Robocop », ce héros de films mi-homme mi-robot : un hommage unanime à son efficacité et une allusion à sa raideur.
KKR gère, avec 45 professionnels, Millenium, un fonds mondial de 5 milliards de dollars, et un fonds européen de 3 milliards. En 1998, il a ouvert un bureau à Londres, selon la bonne vieille méthode de la plupart des américains. Depuis, il a réalisé des opérations en Grande-Bretagne et en Allemagne, mais a dû attendre l'année dernière pour arriver en France, où il ne possède pas de bureau. Une entrée par la grande porte puisque le rachat de Legrand à Schneider Electric en consortium avec Wendel Investissement est son plus gros investissement en Europe, avec un ticket d'environ 650 millions d'euros.
« Mentalité d'industriels »
Au milieu des années 1990, le mythique fonds d'investissement avait déjà tenté d'acquérir dans l'Hexagone la Générale de Santé. « A cette époque-là, nous avons eu des doutes concernant le potentiel d'une entreprise de soins à but lucratif en France », se souvient Ned Gilhuly. Cependant, explique-t-il, après cette expérience, « nous avons réalisé une étude de marché minutieuse qui nous a convaincus de développer une implantation locale ». KKR a ainsi chargé le cabinet de chasseurs de têtes Heidrick & Struggles de recruter une grosse pointure en France. La perle rare devra être un opérationnel, pour coller à la culture maison. « Aujourd'hui, le marché est beaucoup plus concurrentiel. Il faut pouvoir démontrer sa capacité à comprendre la stratégie industrielle des entreprises que l'on envisage d'acquérir et expliquer comment on peut les aider à se développer à moyen terme. C'est un avantage pour KKR car nous avons une mentalité d'industriels », poursuit le natif du Connecticut qui a passé beaucoup de temps en France en 2002, où il a, paraît-il, fait de gros efforts d'acclimatation, allant jusqu'à goûter aux mignonnettes de veau à Limoges, le fief de Legrand !
KKR, en outre, a su s'appuyer sur le meilleur des relais, l'un de ses fondateurs, Henri Kravis. Marié à une économiste montréalaise administrateur de Vivendi Universal (VU), il est propriétaire d'un appartement Rive gauche. « Henri Kravis est très impliqué dans nos activités, particulièrement en France », reconnaît Ned Gilhuly. L'homme est lié depuis une dizaine d'années avec Ernest-Antoine Seillière, le président de Wendel, qu'il a rencontré au Bilderberg, un cercle très fermé de grands patrons internationaux. Habitués à chasser ensemble, ils ont formé le ticket gagnant pour séduire Henri Lachmann, président de Schneider Electric, autre administrateur de VU.
I. C.
Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Parlement, commissions et comités
Sujets - Les Echos : CAPITAL INVESTISSEMENT
Lieu(x) géographique(s) - Les Echos : ETATS UNIS
Société(s) - Les Echos : KKR
Taille : Moyen, 306 mots
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Doc. : news·20030217·EC·01113754