La Presse
Nouvelles générales, dimanche 20 mars 2005, p. A1

Fort d'un vote de confiance sans équivoque des militants conservateurs
Harper passe en mode électoral

Bellavance, Joël-Denis

Convaincu d'avoir tourné la page sur des questions déchirantes telles que l'avortement et le bilinguisme et d'avoir en poche un programme modéré, Stephen Harper a mis ses troupes en mode électoral hier, au terme d'un congrès qui a parfois mis l'unité du parti à rude épreuve.

Fort du vote de confiance de 84 % des militants, le chef conservateur a prévenu que des élections pouvaient survenir à tout moment, affirmant que le Bloc québécois, qui détient la balance du pouvoir à Ottawa, brûle d'envie de provoquer la chute du gouvernement Martin dans l'espoir de consolider son emprise au Québec. M. Harper a donc ordonné aux dirigeants du parti d'accélérer les assemblées d'investiture dans l'ensemble des circonscriptions même s'il persiste à croire qu'il n'est pas dans l'intérêt du pays de tenir des élections en ce moment.

" À partir de maintenant, les jours de ce gouvernement corrompu, incompétent et sans vision sont comptés. Ils sont en perte de vitesse et nous allons bientôt les remplacer ", a lancé M. Harper à quelque 2900 délégués enthousiastes qui avaient passé la journée à épurer le programme politique du parti.

Les militants ont effectivement tout fait durant le congrès- le premier du parti depuis la fusion de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur, il y a à peine 15 mois- pour éliminer du programme les éléments controversés qui ont permis aux libéraux de marquer des points aux dernières élections.

À titre d'exemple, ils ont donné leur appui au bilinguisme officiel et se sont engagés à ce qu'un éventuel gouvernement conservateur n'adopte pas de loi sur l'avortement. Mais dans le cas du mariage gai, ils ont confié à Stephen Harper le mandat de maintenir la définition traditionnelle du mariage.

En outre, les délégués ont voté contre un amendement à la constitution du parti qui aurait accordé aux circonscriptions un poids proportionnel à leur effectif. Cette mesure, défendue par les anciens alliancistes, aurait donné un pouvoir politique beaucoup plus important aux provinces de l'Ouest au détriment du centre et de l'est du pays. Cette proposition avait semé la zizanie entre les deux factions du parti vendredi.

" Nous avons réussi. Ce congrès a été le plus fructueux rassemblement des conservateurs canadiens en 20 ans ", a lancé un Stephen Harper manifestement ravi de la tournure des événements.

" La force, l'ouverture, la diversité et l'unité de ce parti devraient faire rougir de honte le Parti libéral. (...) Cela fait longtemps que je suis en politique, mais je n'ai jamais été aussi fier d'être conservateur. (...) Nous pouvons maintenant consacrer toutes nos énergies à une cause, celle de donner aux Canadiens le gouvernement qu'ils méritent, et ils méritent un gouvernement conservateur honnête ", a-t-il lancé sous les applaudissements nourris des militants.

Pas de deuxième budget

En point de presse, hier, M. Harper a laissé entendre que les prochaines élections pourraient avoir lieu plus tôt que prévu et que les libéraux minoritaires de Paul Martin n'auront pas l'occasion de déposer un deuxième budget.

" Je ne crois pas qu'il soit dans l'intérêt national d'avoir des élections maintenant. Mais j'ai remarqué que le Bloc québécois en veut à tout prix. On peut se retrouver dans une situation où ce serait inévitable. En toute franchise, quand le Bloc québécois détient la balance du pouvoir, il est tout simplement impossible de prévoir ce qui peut arriver ", a déclaré M. Harper.

Même s'il soutient que son parti a tendu la main au Québec en organisant le congrès à Montréal et en adoptant des positions qui répondent à certaines de ses aspirations, dont le respect des champs de compétences des provinces, l'élimination du déséquilibre fiscal et la promotion du bilinguisme, le chef conservateur a reconnu que ses troupes ont encore une longue pente à remonter dans la province.

" Il nous reste encore beaucoup de travail à accomplir, en particulier ici au Québec. Mais nous avons maintenant entre les mains tous les instruments nécessaires pour permettre aux Québécois de participer pleinement à la vie de la fédération canadienne au sein de notre parti. Je dis aux Québécois: notre parti va respecter l'autonomie de leur gouvernement, la fierté de leur société et les besoins de leur avenir au sein du Canada, notre grand pays ", a-t-il dit.

Il a aussi noté que près de 500 délégués venaient du Québec, un signe incontestable selon lui que son parti y fait des progrès.

L'erreur de Paul Martin

Devant les journalistes, M. Harper a nié que sa promesse de rouvrir le dossier du bouclier antimissile puisse lui nuire au Québec, où l'opposition à ce projet militaire est farouche.

" Le premier ministre Martin a fait une grande erreur en quittant la table des négociations. À mon avis, c'est impossible de gérer nos relations avec les Américains seulement dans des dossiers économiques. Il faut reconnaître la réalité qu'il faut régler ensemble des dossiers économiques et militaires. Si les Américains sont prêts à proposer des choses comme (le bouclier antimissile) à l'avenir, je suis prêt à écouter ", a-t-il déclaré.

Au sujet du vote de confiance des militants, M. Harper s'est dit satisfait du résultat, d'autant plus qu'il a obtenu l'appui de gens qui, il n'y a pas si longtemps, ont été ses adversaires dans la course à la direction ou encore des ennemis d'un autre parti politique, le Parti progressiste-conservateur.


Illustration(s) :

PC
Estimant que le Parti conservateur devait se montrer inclusif, la députée Belinda Stronach s'est prononcée en faveur du mariage gai. Cela n'a pas empêché la majorité des délégués de rejeter la proposition.
Reuters
Le député Peter MacKay s'est opposé farouchement à toute modification à la constitution du parti. La proposition soumise aux délégués aurait eu comme conséquence de donner plus de poids politique aux conservateurs de l'Ouest canadien.


Catégorie : La Une; Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Partis politiques; Chefs de partis politiques
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Doc. : newsž20050320žLAž0004





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