Le Droit
Forum, lundi 21 mars 2005, p. 18

La moyenne et le milieu

Bergeron, Pierre
Collaboration spéciale

Pour gouverner le Canada, il faut se coller sur le centre. Les libéraux l'ont compris et ils gouvernent. Les bloquistes se sont, par définition, condamnés à la marginalité et ils ne gouverneront jamais. Les néo-démocrates influencent les débats publics de leur perchoir sans grand espoir de ne jamais gérer les affaires de la nation. Il ne reste que les conservateurs qui représentent la seule alternative valable pour prendre les rênes du pouvoir à Ottawa.

Le congrès d'orientation qui s'est déroulé à Montréal, au cours de la fin de semaine, leur a donné l'occasion de se recentrer pour offrir aux Canadiens un visage qui reflète certaines de leurs valeurs et leurs aspirations. Toutefois, le milieu n'est pas la moyenne des extrêmes, ce que les conservateurs peinent encore à comprendre même s'ils ont fait des progrès importants en ce sens. Se montrer en habit du dimanche ne signifie pas qu'on a pris une douche.

On sent en effet que les conservateurs sont encore un rassemblement d'extrêmes plutôt qu'un véritable amalgame. Or, pour s'assurer de prendre le pouvoir, ils doivent amadouer le Québec et y faire des gains. C'est loin d'être fait à la suite de ce congrès d'orientation où les conservateurs ont de la difficulté à se débarrasser de leur chape réformiste et présenter à l'électorat québécois une plateforme à laquelle il s'identifiera. Mais ils y travaillent. Ce congrès qu'ils ont tenu dans la métropole pour rehausser leur profil au Québec n'aura d'effets concrets que s'ils parviennent à élargir leur corridor idéologique et se refaire une base électorale. Les positions du parti sur le bouclier antimissile, sur les mariages gais, sur l'avortement et l'abandon d'un projet d'aile "jeunesse" sont autant d'éléments d'inconfort qui leur rendront la tâche encore plus difficile au Québec.

Il faut se rendre à l'évidence que Stephen Harper a compris qu'il ne prendrait jamais le pouvoir comme ex-allianciste ou ex-réformiste, mais comme le véritable chef d'une formation nationale qui aspire au pouvoir. Maintenant qu'il est bien en selle avec 84 pour cent d'appui, il doit parfaire l'unité de son parti et s'attaquer immédiatement à la tâche de prendre le pouvoir dont il détient une des clés à la Chambre des communes.

Son principal défi n'est pas seulement politique ou idéologique, il est sociologique. En effet, les conservateurs doivent comprendre qu'on ne peut gouverner le pays sans tenir compte des caractéristiques du fameux corridor urbain Québec-Windsor où l'on retrouve 60 pour cent de la population canadienne. Pour passer en mode électoral et espérer prendre le pouvoir, Stephen Harper doit littéralement camper dans ce corridor pour coller son parti aux attentes d'un électorat sophistiqué, urbain et aisé qui peut faire ou défaire les gouvernements, ce que les libéraux ont compris. C'est en tenant compte de ce bloc électoral incontournable que le chef conservateur devra mettre plus en évidence des personnalités comme Belinda Stronach dont la feuille de route encore mince représente quand même un atout de premier plan pour apprivoiser un électorat qui ne se sent pas à l'aise sur une plateforme conservatrice trop étroite.

Pollution visuelle

Le conseiller de Rideau-Vanier Georges Bédard a tout à fait raison de s'insurger contre la pollution visuelle sur le chemin McArthur, à Vanier. On convient tous que c'est laid, mais c'est surtout complètement inefficace. La surenchère de l'affichage sauvage, temporaire comme permanent, crée un miasme visuel qui rebute plus qu'il n'informe, ce qui pourtant devrait être le but premier d'une affiche. Il y a bien sûr des règlements municipaux à respecter. On constate qu'ils sont plus souvent interprétés à la bonne franquette, les commerçants cherchant par tous les moyens à se différencier avec des résultats qui frisent l'agression, le mauvais goût et le ridicule. Malheureusement, aucune agglomération, aucune artère n'est à l'abri de la pollution visuelle des deux côtés de l'Outaouais. S'y attaquer, c'est se heurter à un mur d'indifférence et de mauvaise foi où le chantage à la baisse du chiffre d'affaires est l'excuse toute trouvée pour se confiner dans l'immobilisme des cancres. Des politiciens comme Georges Bédard nous rappellent qu'ils ont l'oeil ouvert et c'est tant mieux. Ils doivent maintenant aller jusqu'au bout de leur indignation.

Catégorie : Éditorial et opinions
Sujet(s) uniforme(s) : Partis politiques; Chefs de partis politiques
Taille : Moyen, 514 mots

© 2005 Le Droit. Tous droits réservés.

Doc. : news·20050321·LT·0021





Ce matériel est protégé par les droits d'auteur.Tous droits réservés.
© 2001 CEDROM-SNi